Un peu d'Histoire

Voici un résumé des différents cours distribués lors de la première année d’étude de l’art de l’enluminure…

Les supports

Nos ancêtres ont utilisé des tablettes de cire, des écorces d’arbre, des pierres. De la soie en Chine et le papyrus en Égypte, en Grèce ou à Rome.
Le papyrus, plante qui pousse dans la vallée du Delta du Nil.

Un papyrus égyptien – Image par WikiImages de Pixabay.

Le parchemin tire son nom de la ville de Pergame. Le mot vient du mot grec « pergamênê » qui signifie peau de Pergame.
Le papier : inventé en Chine vers 105 après J.-C. par le directeur des scribes de l’empereur, il s’est diffusé dans le monde arabe à partir du VIIIe siècle.

Le Bestiaire

A la fin du Moyen Âge, ce fut la mode des parcs animaliers, des volières, des viviers…
Les animaux prennent place jusque dans les armoiries nées au XIIe siècle.
Parmi tous les livres concernant le monde animal, des romans mettent en scène des animaux pour dépeindre les travers des hommes et les défauts des gouvernements.
Même les livres religieux parlent des animaux.

La tigresse, selon le Bestiaire d’Aberdeen.


Les bestiaires sont des recueils décrivant les animaux et leurs « propriétés ».
Parmi les nombreux bestiaires des XIIe et XIIIe siècles, il faut citer celui du moine franciscain Barthélémy l’Anglais…
C’est à Pline l’Ancien que l’on doit la première grande Histoire naturelle au premier siècle de notre ère.

L’ornementation des manuscrits au Moyen Âge

L’origine du mot miniature remonte à l’antiquité. Il dérive du latin « minium »qui désigne un pigment rouge constitué d’oxyde de plomb utilisé pour tracer les initiales. Les textes calligraphiés par le copiste étaient enrichis de magnifiques enluminures. Ce mot vient du latin « illuminare » qui signifie rendre lumineux.
L’art de l’enluminure était connu de l’Antiquité mais très peu de manuscrits nous sont parvenus. Certains furent néanmoins reproduits par les premiers copistes du Moyen-âge.
L’enluminure prendra sa place dans la page avec l’apparition du codex (livre tel que nous le connaissons et non plus le rouleau) et du parchemin.

Les herbiers au Moyen Âge

Au Moyen Âge, on portait beaucoup d’intérêt à la botanique pour ses aspects utilitaires, symboliques et scientifiques.
Les plantes fournissent à l’homme un moyen de subsistance et lui permettent de se soigner. La botanique était enseignée à la Sorbonne.
Après la chute de l’empire romain, la pratique des jardins a été conservée dans les monastères. Au Moyen Âge, ils étaient le centre de la préservation des arts et des sciences.
Les moines cultivaient eux-mêmes leurs jardins, nourris par la tradition du paradis biblique.
En Grèce et à Rome, le jardin avait un rôle important pour les philosophes et les poètes.

Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne

Jean Bourdichon, enlumineur des Grandes Heures, fut un peintre royal.
L’un des principaux attraits de ce manuscrit est son exceptionnel décor marginal, bordures et encadrements où sont minutieusement figurées 337 plantes, toutes accompagnées de leur appellation en français et en latin et exécutées sur fond d’or…
Au XVIIIe s. le grand botaniste Jussieu fut frappé par la justesse des représentations et rectifia quelques appellations parfois un peu fantaisistes…

Au scriptorium…

Le travail du copiste était extrêmement difficile et exigeant.

L'atelier de l'enlumineur
L’atelier de l’enlumineur, pigments naturels sur parchemin, dorure à la poudre de bronze, XVème siècle. Par Joëlle Constans.


Le moine copiste écrivait avec une plume d’oie sur le parchemin placé sur un pupitre muni de deux encriers.
L’enluminure avait un rôle pédagogique. Elle éclairait le texte car beaucoup de personnes ne savaient pas lire.

La naissance des ateliers laïcs

Dans l’Occident médiéval, les moines étaient les seuls chargés de transmettre le savoir. L’église détenait le monopole de l’écriture et de la lecture qui se faisait à voix haute.
Le latin est longtemps resté la langue officielle du savoir. Dès le IXe s., les langues vernaculaires ont commencé à s’imposer puis au XIIe s., l’ancien français.
Les premières universités furent créées à la fin du XIIe s. répondant à un désir d’indépendance à l’égard des autorités ecclésiastiques. L’alphabétisation croissante, les universités naissantes ainsi que la concentration des intellectuels dans les villes rendaient nécessaire la création de lieux réservés à la conservation des livres. Ainsi sont nées les bibliothèques puis les librairies…
Au XIIIe s., les enlumineurs laïcs parisiens se regroupent près de Saint-Séverin et de Notre-Dame. Les étudiants venaient acheter leurs livres sur le parvis. A cette époque est née la corporation des enlumineurs distincte des copistes.
Au XIVe s., Paris s’affirme grâce au mécénat des princes et des rois qui favorisent la production de livres très précieux.
Au XVe s., les enlumineurs exercent leur art en collaboration et commencent à faire connaître leurs noms.

La naissance du livre

Le passage du volumen (rouleau) au codex (livre tel que nous le connaissons) s’est effectué de manière progressive même si les deux formats coexistèrent quelques temps…
Au IVe siècle, le codex remplace définitivement le rouleau.
Les plus anciens parchemins connus et utilisés en rouleau datent du IIIe s. avant J.-C.
Les premiers livres médiévaux furent fabriqués en Occident dans les scriptoria des monastères.

Les marges

Le Moyen Âge a inventé le livre et précisément le livre illustré où chaque page comprend non seulement le texte mais aussi des images associées à ce dernier. Les plus anciens exemples remontent à l’Antiquité tardive, au Ve siècle, quand s’affirme le passage de la civilisation païenne à la chrétienté et simultanément du volumen au codex.
Au milieu du XIIIe siècle vont apparaître les marges ou bordures, des éléments décoratifs qui entourent le texte et l’enluminure elle-même.
L’iconographie médiévale a toujours donné une place importante au décor végétal.

La Renaissance carolingienne

La mort de Charlemagne, en 814, coïncide avec une instabilité de l’empire d’Occident marquant une période sombre. Malgré ce contexte, les souverains carolingiens poursuivirent l’œuvre de leur illustre prédécesseur. L’écriture caroline s’impose et la culture illumine un peu la noirceur de ce Haut Moyen Âge. L’écriture commençait à s’élever au rang d’art.
L’omniprésence de l’église catholique dans la vie culturelle impulsait la création de bibles, de livres de prières, de poèmes religieux afin d’enrichir la liturgie avec l’art musical…
Là où les progrès furent les plus importants concerne l’ornementation des livres.
Les moines travaillaient dans leur couvent ayant des contacts réguliers avec les monastères voisins ou éloignés.

Les femmes et l’enluminure

Au Moyen Âge, les abbesses étaient aussi lettrées et érudites que les moines. Aussi s’adonnaient-elles au travail de copiste au même titre que leurs homologues masculins…
Beaucoup plus tard, chez les seigneurs et bourgeois de la Renaissance italienne, l’éducation féminine était identique à celle de l’homme. Fils et filles avaient les mêmes professeurs qui leur dispensaient les mêmes cours de littérature et de philologie.

Cîteaux

Au XIe siècle, l’ordre monastique le plus puissant en Occident était celui de Cluny.
Robert de Molesme fonda l’ordre monastique de Cîteaux en réaction aux nombreuses contradictions de l’ordre monastique de Cluny. La première abbaye cistercienne fut fondée à Clairvaux, sur les bords de la Saône.
Entre 1113 et 1115, trois nouvelles abbayes furent créées pour faire
face à l’afflux des novices. L’architecture est élégante et sobre et cet ordre joua un rôle dans la diffusion de la musique sacrée et dans la diffusion de l’art de l’ornementation des manuscrits.
Les codex cisterciens étaient ornés de magnifiques miniatures. Les lettres capitulaires étaient extrêmement originales et créatives avec un souci du détail très précis…

Manuscrits de Cîteaux, Initiale D. Saint Augustin, Commentaires sur les Psaumes. Vignes en grappes. Cote Ms 147, f. 3.

Gothique(s)

Trois siècles avant notre ère, les Goths descendirent des confins de la Suède, parvinrent jusqu’à la mer Noire et pénétrèrent en Cappadoce afin de se livrer au pillage. Là, ils firent un prisonnier : l’évêque Ulfilas. Cet homme pieux et cultivé inventa un alphabet destiné à consigner par écrit la langue de ses geôliers. Ainsi naquit l’écriture qui prit le nom de « gothique ».
Au XIIème siècle, l’Europe gothique vit construire de grandes cathédrales, symbole de ce temps. L’écriture gothique refit son apparition à cette époque dans le nord de la France, fruit d’une évolution progressive.

Orient et Occident

Le Moyen Âge fut l’époque la plus créative pour ce qui est des manuscrits. Dans l’Empire d’Occident tout comme à Byzance, la production croissante des scriptoria atteste des progrès de la calligraphie. La vie de tous les peuples se trouva illustrée. Ainsi, les illustrations des manuscrits devinrent une source importante de documentation historique, et les progrès de la technique de l’enluminure jouèrent un rôle primordial.
L’empire byzantin, au Xème siècle, connut aussi un essor esthétique avec l’icône, magnifique image peinte sur bois.
À Byzance comme en Occident, la production puisait ses racines dans la vie religieuse. Le triomphe des partisans des images permit aux moines de s’exercer aux enluminures et de sauver de la destruction de nombreux manuscrits, notamment des manuscrits syriens.
Le travail des enlumineurs eut également un retentissement social important…
Par ailleurs, les relations commerciales entre l’Occident et l’Orient virent naître une classe de commerçants enrichis qui voulurent de luxueux manuscrits afin de se doter d’un vernis culturel. Au XIIème siècle, il était courant que copistes et enlumineurs travaillent en équipe.

Art byzantin. Image par Dimitris Vetsikas de Pixabay.

L’Évangéliaire de Lindisfarne

L’abbaye de Lindisfarne fut fondée par St Aidan en 635.
Considéré comme l’un des plus beaux représentants de l’art chrétien, celte et anglo-saxon, cet évangéliaire fut composé entre 687 et 721 sur la petite île de Lindisfarne près des côtes de la Northumbrie… Il comprend les évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean sur 259 pages de parchemin.
Ce manuscrit jouait un grand rôle, de nombreux pèlerins se rendaient sur cette île où la présentation de l’évangéliaire constituait un élément essentiel du pèlerinage.
L’évangéliaire de Lindisfarne demeura dans l’île jusqu’en 875, date à laquelle les moines, lassés de plus d’un siècle d’incursions vikings, allèrent se réfugier en Angleterre…
En 1852, il entra dans la collection du British Museum où il reçut une nouvelle reliure. Enfin, en 1973, l’ouvrage a été transféré à la British Library où on peut l’admirer.

Évangéliaire de Lindisfarne – Première page de l’Évangile de St Matthieu.

Le Livre de Kells

Si certains évangiles étaient destinés à l’œuvre missionnaire ou à la dévotion privée, le livre de Kells, comme l’évangéliaire de Lindisfarne était réservé à l’autel. Cette œuvre (inachevée) fut réalisée entre 700 et 800 après Jésus Christ sur l’île écossaise d’Iona…
En 805, les vikings envahissent Iona et le manuscrit échoue en Irlande. Il sera alors complété et utilisé au Monastère de Kells jusqu’à ce qu’il soit volé en 1006…
En 1654, le commandant d’Oliver Cromwell en Irlande, Henri Jones en fit don au Trinity Collège de Dublin, université sous contrôle britannique à l’époque.
Enfin, en 1953, il est restauré et relié en cinq volumes.
Cet ouvrage, réalisé par plusieurs artistes, est composé de 680 pages sur peau de veau et comprend une dizaine de couleurs.

Livre de Kells – Lettre L enluminée.

La Renaissance italienne

L’anatomie des lettres a toujours été en harmonie avec les grands mouvements culturels et artistiques. Ainsi au XVe siècle, deux écritures manuscrites coexistaient en Italie : la minuscule humanistique et la cursive (littera antiqua cursiva)…
Dans le même temps, une nouvelle écriture naissait destinée à des fins calligraphiques… Cette écriture ronde et fine présentait un aspect géométrique parfaitement construit…
A partir du XVIe siècle, la chancelière commença à se diffuser en Europe, en France, en Angleterre, en Hollande et en Espagne admettant autant de variations que de provinces…
Durant la Renaissance italienne, le triomphe du mouvement humaniste fut directement associé à l’essor de l’art du beau livre. Par la suite, ce mouvement se poursuivit.
La naissance et l’essor de l’imprimerie n’eurent qu’une très faible incidence sur le beau livre manuscrit, lequel fut élevé au rang d’œuvre d’art.

Jean Fouquet, peintre et enlumineur au XVe siècle

Si Jean Fouquet (vers 1420-avant1480 ?) a probablement fréquenté les ateliers parisiens, son voyage prolongé en Italie le mit en rapport avec les plus grands artistes de la Florence des Médicis. De retour en France, vers 1450, il s’installe à Tours et travaille pour une clientèle exceptionnelle.
Fouquet a travaillé pour le roi Charles VII (portrait du Louvre) et Louis XI dont il apparaît comme « peintre du roi » en 1475.
Fouquet fut également un grand portraitiste.